15 Une chose du moins se dégage clairement, maintes fois répétée de diverses manières d’un bout à l’autre de l’enquête, à savoir ce que n’est pas la vérité johannique : « En tout cas, elle ne désigne ni un corps de doctrines, qu’il suffirait d’assimiler intellectuellement, ni une réalité abstraite et purement Fautil alors renoncer à parvenir à la vérité ? Même si tous mes jugements sont faux, il est cependant une seule chose dont je ne peux pas douter : pour se tromper, il faut être ; donc, je suis. « Je pense, donc je suis » est la seule proposition nécessairement vraie. Cette intuition devient le modèle de la vérité : il ne s'agit plus de comparer mes idées aux choses, ce qui est Cest donc l’histoire de la lente construction du savoir, de la patiente appropriation de la vérité et ce, depuis Descartes, en utilisant précisément le doute comme outil. Ainsi, on peut légitimement se demander si douter, ce soit nécessairement renoncer à la vérité. Lapersuasion ne peut donc pas, à la vérité, se distinguer subjectivement de la conviction, si le sujet a devant les yeux la créance simplement comme un phénomène de son propre esprit ; l'épreuve que l'on fait sur l'entendement d'autrui des raisons qui sont valables pour nous, afin de voir si elles produisent sur une raison étrangère le même effet que sur la nôtre, Letout premier numéro de La Tour de Garde disait : « La vérité, telle une petite fleur dans l’immensité de la vie, est entourée et presque étouffée par les mauvaises herbes luxuriantes de l’erreur. Pour la trouver, il faut être sans cesse à l’affût. [] Maisla recherche de la vérité n'est entreprise que par celui qui doute de ce qu'il sait, de ce qu'il croit savoir. Je sais que je ne sais rien disait Socrate et c'est pour cela qu'il cherchait, qu'il chassait la vérité et la justice. Sur ce point voir: l'aide N°33 Faut-il se méfier de l'amour? En ce sens douter ne serait pas renoncer à Celapose un problème, on peut se demander s’il est nécessaire de renoncer à la vérité dès lors que l’on doute. Dans le cas où douter signifie être incertain, où renoncer est le fait de « se désister du droit qu’on a sur quelque chose », et où la vérité est immuable, oui, douter est équivalent au fait de renoncer à la vérité. I Le doute nous éloigne de la vérité : quand je doute, je renonce à la vérité A/ Le doute nous éloigne de la certitude, c’est-à-dire de la vérité. On peut voir avec Descartes, dans ses Méditations Métaphysiques, qu’il y a en nous des idées nécessairement vraies, innées, telles le « je pense donc je suis ». LePrésident Macky Sall, maître du jeu politique depuis une dizaine d’années, est-il en train de perdre petit à petit la main ? Après la bérézina des Locales et la relative déroute aux Législatives qui lui ont coûté sa majorité mécanique à l’Assemblée nationale, une première dans l’histoire politique du Sénégal, la question taraude bien des esprits qui s’interrogent Sujet: Douter, est-ce renoncer à la vérité ? 1ère phrase d'intro : "La vérité est devant nous, tous les jours, et bien qu'on ne le voye pas à chaque fois par habitude, il suffit d'ouvrir les yeux pour l'apercevoir. Mais au-delà de la vérité, le doute s'installe parfois, au risque de nous faire perdre notre vérité. Le doute est un marqueur de vérité, ou d'erreur. Il nous 3QdWi. Temps de lec­ture 11 minutes On connaît l’anecdote selon laquelle en 155 avant JC, Athènes se sor­tit d’un pro­cès perdu d’avance contre Rome en envoyant comme avo­cats trois phi­lo­sophes scep­tiques qui retour­nèrent l’avis du tri­bu­nal et de l’opinion publique en mon­trant qu’il n’y avait aucune véri­té en matière de jus­tice, ce qui inter­di­sait tout juge­ment. Derrière la péri­pé­tie se cache une ten­dance pro­fonde de la pen­sée humaine, dont le scep­ti­cisme antique est sans doute le meilleur exemple, qui consiste à remettre en ques­tion la véri­té, du simple fait que le doute puisse s’introduire dans n’importe quelle pen­sée. Il est en effet pro­bable que si toute connais­sance peut être remise en ques­tion, c’est que la véri­té se trouve défi­ni­ti­ve­ment hors d’atteinte, puisque celle-ci est clas­si­que­ment défi­nie comme ce dont on ne peut pas dou­ter. Or, l’histoire de la culture humaine, par­ti­cu­liè­re­ment en occi­dent, est celle de la lutte contre cette ten­dance scep­tique à bais­ser les bras devant l’incertitude et l’ignorance. C’est donc l’histoire de la lente construc­tion du savoir, de la patiente appro­pria­tion de la véri­té et ce, depuis Descartes, en uti­li­sant pré­ci­sé­ment le doute comme outil. Ainsi, on peut légi­ti­me­ment se deman­der si dou­ter, ce soit néces­sai­re­ment renon­cer à la véri­té. Une telle réflexion implique d’évaluer les rai­sons res­pec­tives sur les­quelles s’appuient les posi­tions scep­tiques et l’espèce de foi en la pos­si­bi­li­té de la véri­té qui anime la plus grande par­tie de la pen­sée depuis les pré­so­cra­tiques, foi qui devra être tou­te­fois confron­tée à ce qu’on pour­rait appe­ler, rétros­pec­ti­ve­ment, son propre échec, à moins d’imaginer que le renon­ce­ment à la véri­té puisse être, curieu­se­ment, la meilleure manière de lui être fidèle. La suite de cet article est réser­vée aux uti­li­sa­teurs ins­ suf­fit de vous ins­crire, c’est gratuit. Et si vous chan­giez d’air ? Read more articles Un article récemment publié par The Conversation France montre comment la propagande russe se déploie sous le masque d’une critique post-moderne, qui redéfinit systématiquement des notions comme vérité », liberté » ou démocratie »… Le mieux à faire pour résister, de sa petite place, et avec les seules armes de l’esprit, n’est-il pas alors de mettre en évidence l’inanité d’un tel travail de déstabilisation conceptuelle, dont l’objectif est de nous plonger dans la confusion, à la lumière de ce que la pensée philosophique a pu proposer, à cet égard, de plus ferme, et de plus clair ? Nous nous bornerons ici à évoquer ce que nous a appris Spinoza. De la vérité Commençons par l’examen du concept de vérité. Car, si ce concept est mystificateur, il sera impossible de dire en vérité ce qu’est la liberté, comme de prétendre définir la vraie » démocratie. On ne pourra que subir le discours de celui qui parle le plus fort. Si, et quand, c’est à chacun son discours », celui qui détient l’arme nucléaire et en menace les autres tient sans contestation possible le discours le plus vrai » ! Mais peut-on tenir pour seule vérité le principe à chacun sa vérité », qui plonge dans un relativisme destructeur de toute consistance conceptuelle, et rend impossible une distinction claire entre le vrai et le faux ? Pour Spinoza, plutôt que de vérité, il est préférable de parler d’idées vraies ». Car l’idée, concept que l’esprit forme parce qu’il est un être pensant » Ethique, II, déf. 3, peut être ou bien fausse, inadéquate ou confuse », ou bien vraie », adéquate et claire. La fausseté consiste en une privation de connaissance » E. II, P. 35. La vérité, dans la connaissance adéquate de la chose », que permet cette idée Avoir une idée vraie, c’est connaître une chose parfaitement, ou le mieux possible ». La vérité est alors norme de soi-même et du faux, car qui a une idée vraie sait en même temps qu’il a une idée vraie, et ne peut douter de la vérité de la chose ». P. 43 L’idée, et l’essentiel est là, n’est pas autre chose que l’acte même de comprendre ». Tout ce à quoi nous nous efforçons par raison est de comprendre » IV, P. 26. La vertu absolue de l’esprit, c’est donc comprendre » P. 28. La puissance de l’esprit » s’exprime dans l’acte de s’efforcer de comprendre » E, V, P. 10. L’idée vraie est le résultat de l’effort fait pour comprendre. Est mauvais tout ce qui peut empêcher de comprendre. Ainsi il n’y a pas de vérité en dehors de celui qui pense. La vérité n’est pas une réalité extérieure aux individus, que l’on pourrait trouver dans un texte, plus ou moins sacré. Elle réside dans l’acte même de comprendre, à quoi s’efforce tout sujet raisonnable. Elle se donne à celui qui fait l’effort de comprendre. Il faut parler de connaissance vraie, plutôt que de vérité. On peut alors gager que Poutine sait très bien qu’il s’est rendu coupable d’une invasion, qu’il fait la guerre, et qu’il massacre des innocents. S’il ne le sait pas, c’est qu’il refuse de faire cet indispensable effort de comprendre au bout duquel, seul, il y a production d’une idée vraie. Tout être humain faisant cet effort comprendra avec la plus parfaite clarté qu’aussi sûr qu’un chat est un chat, une guerre est une guerre, et Poutine un assassin. De la liberté On pourrait s’en tenir à une définition donnée dès les premières lignes de l’Ethique On dit qu’une chose est libre si elle existe par la seule nécessité de sa nature et est déterminée par soi seule à agir ; on dit qu’elle est contrainte si elle est déterminée par une autre chose à exister et à agir. » La cause est d’emblée entendue. C’est à l’évidence pour sauvegarder leur liberté que luttent les Ukrainiens, dont le légitime combat ne peut qu’être approuvé et soutenu par tout être raisonnable. Mais il n’est peut-être pas inutile d’ajouter que l’ homme libre » est celui qui vit sous le seul commandement de la raison », et qui désire directement ce qui est bon » de ce point de vue agir, vivre, conserver son être d’après le principe qu’il faut chercher ce qui est utile à chacun » E. IV, P. 67. Spinoza ajoute trois considérations. Premièrement, Un désir qui naît de la raison nous mène directement au bien… aussi tendons-nous directement au bien sous la conduite de la raison, et c’est seulement dans cette mesure que nous fuyons le mal » IV, P. 63. Il n’est donc pas difficile de distinguer le bien du mal ! Par ailleurs, L’homme libre ne pense jamais à la mort ; sa sagesse n’est pas une méditation de la mort, mais de la vie » E. IV, P. 67. Ce qui donne une idée du degré de servitude auquel sont parvenus ceux qui se sont crus autorisés à détruire la liberté des autres, et qui se sont donné la mort pour seul horizon… En ce sens, ils sont au moins autant à plaindre, qu’à condamner ! Read more Pour mieux saisir la post-vérité, relire Hannah Arendt Enfin, celui qui nait libre, et qui le reste, n’a que des idées adéquates ». La liberté est en quelque sorte une condition de l’accès à la vérité par l’exercice de l’acte même de comprendre ». On pourrait alors ajouter que le sommet de la liberté est la liberté de l’esprit, ou béatitude » E. V, Préface, puisqu’il n’y a d’autre puissance de l’esprit que celle de penser et de former des idées adéquates » E, V, P. 4. Cela soulève la question de la démocratie. De la démocratie L’État poutinien serait-il un nouveau modèle de régime démocratique ? Mais qu’est-ce qu’un État démocratique ? On peut retenir trois enseignements des analyses que le Traité Théologico-Politique propose sur le fondement » et la fin de la Démocratie ». Tout d’abord, la Démocratie se définit comme l’union des hommes en un tout qui a un droit souverain collectif sur tout ce qui est en son pouvoir ». Son fondement est un pacte tacite ou exprès », permettant de réfréner l’Appétit, en tant qu’il pousse à causer du dommage à autrui, de ne faire à personne ce qu’ils ne voudraient pas qui leur fût fait, et enfin de maintenir le droit d’autrui comme le sien propre ». Par ce pacte L’individu transfère à la société toute la puissance qui lui appartient, de façon qu’elle soit seule à avoir sur toute choses un droit souverain de Nature, c’est-à-dire une souveraineté de commandement à laquelle chacun sera tenu d’obéir. » Dans un État démocratique, une obéissance absolue au souverain est exigée nous sommes tenus d’exécuter absolument tout ce qu’enjoint le souverain » chapitre XVI. Mais alors, ne pourrait-on parler d’une dictature du souverain, qui serait par essence liberticide ? Non, car il faut bien voir que chapitre XX La fin de l’État est en réalité la liberté ». Le pacte social a pour fin de permettre de vivre dans la concorde et dans la paix » Sa fin dernière n’est pas la domination ; ce n’est pas pour tenir l’homme par la crainte et faire qu’il appartienne à un autre que l’État est institué ; au contraire c’est pour libérer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sécurité, c’est-à-dire conserve, aussi bien qu’il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d’exister et d’agir. » Si bien que ce qui est exigé par l’État démocratique est que l’individu renonce à son droit d’agir selon le seul décret de sa pensée, et nullement à son droit de penser librement C’est donc seulement au droit d’agir par son propre décret qu’il a renoncé, non au droit de raisonner et de juger. » Et encore Tous conviennent d’agir par un commun décret, mais non de juger et de raisonner en commun. » Dans un État libre, enfin, il est loisible à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense ». La majesté souveraine ne peut s’exercer ni sur le vrai et le faux, ni sur les convictions religieuses. L’État poutinien préserve-t-il la liberté de penser ? La question pourrait prêter à sourire, si la réponse n’était pas aussi tragique, en termes d’arrestations, d’emprisonnements, d’empoisonnements, et de meurtres ! Ainsi Spinoza nous a-t-il appris que l’Homme est capable de produire des idées vraies, la vérité » étant norme de soi-même et du faux » E, II, P. 43 ; qu’est libre celui qui vit sous le seul commandement de la raison ; et que l’État démocratique a pour caractère premier de sauvegarder la liberté de penser. Ce qui permet, d’une part, de dévoiler le caractère fallacieux de la pensée » poutinienne, dans sa prétention à déconstruire les concepts occidentaux » de vérité, de liberté, et de démocratie. Et, d’autre part, de condamner avec la plus grande sévérité une effroyable et insensée entreprise d’invasion destructrice du pays voisin, entreprise aussi liberticide que cruelle. Pour le dire en un mot inhumaine. Douter, est-ce renoncer à la vérité ? En considérant le doute comme un état de l’esprit correspondant à la suspension d’un jugement et la vérité comme l’aboutissement de la connaissance fondée sur des critères d’objectivité et d’absolu, pouvons-nous réellement affirmer que douter n’est autre que renoncer à la vérité ? Car il semblerait que le doute, remettant en cause les fondements mêmes de toute connaissance, anéantisse l’accès à la vérité puisqu’aucune définition universelle n’est reconnue pour vraie, et qu’aucun jugement n’est permis. Mais affirmer cela n’est ce pas donner au doute une forme trop catégorique ? N’y a-t-il pas une nuance à établir en fonction qu’il s’agisse d’un doute sceptique dans lequel le jugement est suspendu de façon définitive ou d’un doute méthodique qui lui est là pour tenter d’établir une vérité en excluant toute connaissance douteuse, voire fiable afin de tendre vers la connaissance absolue ? De nouveau, la question de la vérité se pose, car n’est il pas déraisonné de ne douter qu’une fois et d’en conclure une vérité indubitable alors que la connaissance est fondée d’abstractions ? Comment avoir la certitude que tous les jugements incertains ont bien été pris en compte et exclus si l’homme ne remet pas en cause à chaque instant cette vérité en doutant ? Le doute serait-il alors le moyen le plus probant de se rapprocher de la vérité la plus pure ? Nous verrons donc dans une première partie, le doute s’apparentant au scepticisme qui, lui, tient pour subjective toute approche de la réalité et ainsi incertaine la connaissance que l’on peut en avoir. Douter c’est alors manifestement renoncer à la vérité car c’est une finalité. Dans une seconde partie nous aborderons la vision cartésienne selon laquelle le doute est un moyen de recherche de la vérité, la suspension du jugement n’est la que pour tenter d’atteindre des connaissances vraies. Puis dans une dernière partie, nous prendrons appui sur la théorie dogmatique afin de mettre en évidence que toute vérité repose sur un travail constant de recherche et de remise en question dont la principale condition est le doute. En appréhendant la vérité comme une connaissance universelle et absolue de la réalité qui nous entoure, et en assimilant le doute a un état de l’esprit où le sujet ne peut choisir et suspend son jugement de façon définitive, force est de constater que le doute et la vérité sont incompatible de par leur source même. Douter peut se définir comme une incapacité d’accès à la vérité. Lorsque l’on doute, on remet en cause les idées préétablies sans pouvoir apporter une conclusion autre. Si le doute s’installe chez l’homme, on peut à priori le considérer comme un renoncement à la connaissance vraie car le sujet se trouve dans l’impossibilité de fonder son jugement sur les critères absolus et universels qu’il remet justement en cause. Le doute revêt ici une acception bien particulière relevant du scepticisme. Ce courant de pensée réfute la possibilité pour l’homme de parvenir à une quelconque certitude en ce qui concerne la réalité qui l’entoure. Les premiers sceptiques, Pyrrhon et Sextus Empiricus prônaient la théorie selon laquelle, ni par les sens, ni par la raison, nous ne pouvons avoir accès à la vérité. Tout d’abord car les sens sont trompeurs puisqu’ils portent sur l’accidentel et le particulier, et parce que la raison est capable de démontrer des propositions contraires à tout argument s’oppose un argument égal » dit alors S. Empiricus dans Hypotyposes pyrrhoniennes. Il est également important de nuancer cette thèse par l’approche plus modérée de Hume. Il part également du principe selon lequel le rapport à la réalité est subjectif car elle est perçue au moyen des sens. Le texte de Hume dans enquête sur l’entendement humain met cette perspective en évidence les sens sont seulement des guichets à travers lesquels ces images sont introduites, sans qu’ils soient capables de produire un rapport immédiat entre l’esprit et l’objet. » Notre connaissance du réel est donc bornée car on n’a aucun moyen de savoir si le monde est tel que nos impressions nous le restituent. L’homme a un point de vue qui est relatif, en aucun cas il ne saurait être neutre, et c’est pourquoi nous n’avons accès qu’à la réalité pour nous et non à la réalité en soi qui correspondrait à une connaissance absolue du monde. Et puisque rien ne peut soustraire l’homme à sa subjectivité et qu’il fonde sur la réalité externe et l’expérience ses critères de connaissance, il est condamné à cet aspect tronqué de la réalité. Ainsi son rapport à la réalité ne dépasse pas la croyance, il ne la connait pas véritablement. Le scepticisme est avant tout motivé par la recherche de savoir mais rapidement paralysé par l’impossibilité de conclure et d’arriver à des certitudes. Il ne saurait résister à ce scepticisme que les mathématiques, outil de connaissance des vérités formelles qui est indubitable car l’homme les a de toute pièce créées grâce à la raison. On doit analyser le doute sceptique comme une tentative de connaissance aboutissant à un renoncement lorsqu’il s’agit de la réalité. C’est l’échec face à cette connaissance qui mène finalement au doute. Le renoncement à la vérité qui résulte de la suspension constante et définitive du jugement n’est pas la finalité préférable à une quête philosophique. Il semble donc nécessaire d’aborder une autre forme de doute. Douter de tout n’est pas nécessairement un renoncement à la vérité, ça peut être au contraire une méthode consciencieuse permettant de conclure à une vérité indubitable. Il s’agit ici de considérer le doute comme un moyen de connaissance vraie et non comme une fin en soi comme pour les sceptiques. C’est également considérer la vérité comme ce qui demeure absolu et irréfutable face à toute forme de doute. Ce doute cartésien, mis en œuvre dans Discours de la méthode est donc hyperbolique puisque Descartes va jusqu’à rejeter comme fausse les vérités mathématiques. Il s’agit de douter de tous les principes de la connaissance, et en particulier les sciences universelles car il faut se débarrasser de toutes ces anciennes opinions qu’elles soient vraies ou fausses. Il opère un doute systématique et méthodologique, dont le premier objet est les sens. Ceux la représentant inéluctablement le moyen de connaissance le plus incertain. Considérés alors comme douteux, ils passent du côté du faux. Descartes s’attèle ensuite à faire tomber ce qui semble être la connaissance la plus fiable, les démonstrations mathématiques en partant du principe que des erreurs sont possibles dans les raisonnements mathématiques. Troisièmement, il s’agit de mettre en évidence le fait que les pensées du rêve semblent aussi vraies que celles que j’ai en vrai. Cela pourrait laisser penser que la réalité est elle aussi une illusion. Ces objections reprisent des sceptiques et poussées à l’extrême semblent d’abord soutenir la thèse des sceptique selon laquelle il n’y pas de vérité dont on soit certain, puis l’hypothèse prend une toute autre forme je pense donc je suis ». Ainsi le fait même de douter et de penser constitue l’argument indubitable attestant que le fondement de nos connaissances est la pensée et particulièrement que toute argumentation passe par la conscience d’être. Tout tient à une expérience de conscience et de pensée car derrière la remise en doute la plus radicale, demeure un sujet pour effectuer l’opération psychique. Ce doute méthodologique appuie ici une vérité indubitable l’homme est certain d’exister comme un être conscient. Voila tout l’enjeu de ce doute qui est provisoire et non définitif à l’inverse des sceptiques. Ce doute met en jeu la réflexion nécessaire à toute quête de vérité et permet le rejet des opinions et connaissances incertaines. Le fondement de ma connaissance transcende ainsi les croyances que le doute sceptique met en avant sans pour autant les pallier. En effet alors que les croyances admettent pour vrai une affirmation sans preuve ni raison, le doute méthodologique rejette tout ce qui est incertain pour tendre à une plus grande vérité. C’est donc une opération de la pensée nécessaire pour avoir un jugement fondé. Mais encore une fois, ce doute qui aboutit à des connaissances au plus près de la vérité, n’est valable que le temps de l’opération psychique et la vérité qui en ressort considérée comme acquise. Or, le doute doit être perpétuellement renouvelé, car plus on doute, plus on se rapproche de la vérité. Ayant maintenant démontré que le doute est indispensable à une pensée structurée et fondée sur des connaissances vraies, il s’agit de prolonger ces analyses en affirmant que douter c’est se rapprocher au plus près de l’universel et de l’absolu. Le doute ne doit pas être abandonné sitôt que l’on a trouvé ce que l’on cherchait, il doit être sans cesse dans chacune de nos réflexions, il doit être nourri pour développer notre esprit critique. Agir ainsi, c’est considérer la vérité comme complexe. Sa quête ne peut être menée qu’en confrontant les opinions entre elles, afin de faire évoluer notre pensée et pouvoir ainsi considérer les choses sous des perspectives nouvelles, tendre à une objectivité. Il est intéressant ici d’exposer la théorie dogmatique en totale opposition avec le doute sceptique évoqué plus haut. Ce courant de pensée est animé par la conviction inébranlable de posséder la vérité, et de cela découle le rejet de ceux qui pensent différemment. On parle par exemple du dogme de la Trinité » chez les chrétiens. Les adeptes croient et acceptent sans discuter la doctrine qu’il propose. Cette conviction est évidemment bien loin de la considération du doute comme outil nécessaire à la connaissance que nous évoquions précédemment. Or, comme Platon l’explique dans La caverne de par la métaphore des prisonniers qui vivent dans une illusion complète à cause du soleil et des ombres, connaitre c’est s’arracher à nos croyances, nos opinions subjectives. Pour atteindre le vrai, on doit user de la raison car c’est la seule à nous faire accéder à des connaissances universelles et absolues. L’intérêt de l’approche dogmatique à ce stade du développement n’est pas seulement dans l’opposition des théories marquant l’intérêt du doute ; cette approche nous permet de comprendre que le doute ne doit pas être une finalité à la manière des sceptiques ni un moyen que l’on abandonne dès lors que l’on a trouvé la vérité comme Descartes l’affirme Le doute doit être un travail constant de l’esprit dans sa quête du savoir. Si la pensée se fige sur une connaissance qu’elle considère vraie indéfiniment, c’est alors à ce moment là que l’on dérive sur le dogmatisme. Le doute méthodique peut, s’il n’est pas renouvelé, déboucher finalement sur une forme de dogme que l’on s’impose à soi-même, prônant pour vrais des arguments qui ne sont plus jamais remis en cause. Une pensée figée est une pensée qui part de connaissances vraies mais qui perd sa nuance au fil du temps, finissant par stigmatiser la réalité. Le doute acquière ici une valeur très particulière, il est la conséquence de la théorie selon laquelle la vérité indubitable ne peut être connue avec exactitude. Douter, est une action déterminante dans le cheminement menant à la connaissance, car finalement plus on remet en cause ce que l’on pourrait appeler des arguments présupposés, plus on se rapproche de la vérité la plus pure. Douter inlassablement c’est tendre au plus près à la connaissance vraie car c’est un processus de définition constant de la réalité ; on part d’arguments tous divergents et particuliers, puis le doute exclue peu à peu ceux qui sont incertains et même fiables pour rechercher l’absolu. Toutes les connaissances doivent être le fruit de cette remise en question permanente. Ainsi, douter c’est renoncer à l’idée que l’on peut atteindre une fois pour toutes une vérité indubitable, mais c’est à la fois l’opération de l’esprit qui rend l’homme le plus à même de s’en rapprocher. Il faut considérer le doute moins comme une finalité, comme le font les sceptiques, que comme le seul processus, la seule opération de l’esprit permettant la recherche même de la vérité. Assimiler le doute à un acte de suspension définitive du jugement c’est renoncer à toute philosophie et toute vérité. Il est donc nécessaire d’accorder au doute cette capacité de rejet des opinions et des connaissances incertaines qui permet par la suite de développer un esprit d’examen du monde qui nous entoure ; il ne faut néanmoins pas considérer la pensée qui en résulte comme absolue car la vérité est complexe et sa remise en cause constante et méthodique est la façon la plus probante de tendre à une vérité pure. Cette vérité est insaisissable et la considération inébranlable de la posséder à la façon des dogmatique n’a d’autre effet que de s’en éloigner tout autant. Le doute est ainsi la condition de la vérité.